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lundi 16 novembre 2020

Parution du catalogue Bourbaki

Au pays des Bourbaki Vient de paraître :
Au pays des Bourbaki, 150 ans de la retraite de l'armée de l'Est 1871

Le catalogue propose des vues croisées, historiques et artistiques, de cet épisode historique qui a touché la Suisse et en particulier le canton de Neuchâtel en 1871. Vers la fin de la guerre franco-allemande, le général Clinchant demande l'internement en Suisse de l'armée de l'Est pour éviter d'être livré aux Allemands. Près de 87'000 soldats seront ainsi internés. Ce sera le premier engagement de la Croix-Rouge nouvellement créée. En 2021, nous commémorerons les 150 ans de cet événement, notamment par une exposition historique au musée de Pontarlier, et une exposition des oeuvres de mon projet Bourbaki au château de Joux.

Les contributions au catalogue:

Laurène Mansuy-Gibey, La retraite de l'armée de l'Est : une rencontre entre trois nations
Jean-Bernard Passemard, Les forts de Joux et du Larmont dans le combat de la Cluse
Philippe Hanus, La retraite des Bourbaki : une mémoire franco-suisse en partage?
Géraldine Veyrat, Laurent Guenat : au pays des Bourbaki
Jessica Mondego, La bibliothèque de carton de Laurent Guenat
Alexandre Caldara, vers hier
 
Outre ces textes, l'ouvrage est richement illustré, et présente les oeuvres (peintures sur toile et sur papier, livres d'artiste) qui feront l'objet de l'exposition qui se déroulera au Château de Joux. En raison de l'épidémie, l'exposition qui était programmée en été 2020 a été reportée en été 2021. 
L'ouvrage peut être commandé dans toutes les bonnes librairies.
 
19,0 x 26,5 cm, 104 pages, Editions Mare et Martin, Paris, 2020  |  ISBN 978-2-36222-029-6

 


mercredi 28 octobre 2020

 Mise à jour du site et nouveau livre d'artiste

Une partie des peintures du projet "portraits" exposées récemment par la galerie Artemis sont désormais visibles sur le site.

Un nouveau livre d'artiste vient d'être achevé. On y accède par ce lien.

Titre        e-meute
Format    55 x 40 cm, 21 pages
Technique mixte sur carton
 
Les visites à l'atelier sont toujours possibles sur rendez-vous.
Pour me contacter, c'est ici.

dimanche 27 septembre 2020

Exposition | Galerie Artemis

portraits 

du 3 au 24 octobre 2020 | galerie Artemis à Corcelles (NE).

A l'occasion de cette exposition, Marcel Cottier publie le texte Laurent Guenat. Dans l'épaisseur du portrait. Il est édité par -36° édition dans la collection 8pA6 dont c'est le numéro 98. Le texte pourra être acheté sur place pendant la durée de l'exposition ou commandé à -36° édition.

Marcel Cottier introduira aussi l'exposition lors du vernissage le samedi 3 octobre. 





vendredi 11 septembre 2020

 
Peinture sur papier 63 x 51 cmFusain et mine de plomb sur papier 50 x 40 cm 
 
Exposition | Ausstellung

Dès le 3 octobre, j'exposerai une série de travaux issus de mon projet portrait. Débuté en 2016, en parallèle au projet Bourbaki, le projet portrait comprend des travaux sur toile et sur papier. C'est la première fois que je montre ces travaux. Je me réjouis de vous y accueillir.

3 octobre au 24 octobre 2020
galerie Artémis | Corcelles (NE)
Vernissage Samedi 3 octobre 16 h - 18 h

Ab dem 3. Oktober werde ich Arbeiten des Projektes portrait zeigen. Ausgestellt werden Arbeiten auf Leinwand und auf Papier. Dies ist das erste Mal, dass ich diese Werke zeige. Ich freue mich Sie bei dieser Gelegenheit zu begrüssen.


vendredi 31 juillet 2020

Portrait


Est-ce toujours, d’ailleurs, tellement avec les yeux qu’on contemple la lune et les fleurs? La simple pensée du printemps, sans même qu’on sorte de chez soi, la pensée d’une nuit de lune, fût-on étendu sur sa couche, sont sources de calme et de charme.
Urabe Kenkô, Les heures oisives, Gallimard-Unesco, 1968, p. 117


Aujourd’hui, ce n’est pas l’environnement qu’il faut défendre, au risque d’en faire un musée immobile. C’est l’homme qu’il faut explorer en tant que vivant parmi d’autres vivants comme l’arbre, le moustique, le lion, la tique, le pissenlit et l’ortie. Lévi-Strauss préconisait de renoncer à dresser une barrière entre l’homme et l’animal. Cette délimitation risque en effet de hiérarchiser les rapports d'être à être. On sait comme cette hiérarchisation a mené à la barbarie de la shoah où des humains ont été dégradés au rang d’animaux. On constate aussi, aujourd’hui, les limites de la pensée anthropocentrée face à la complexité des questions environnementales par exemple. Et pour comprendre la relation de vivant à vivant, j’explore par la peinture le lien qui relie l’humain à l’humain, et tout d’abord à l’autre et aux autres que je suis, par la figure du portrait. C’est la condition pour ne pas se payer de mots, mais pour passer à l’action. J’ai très vite observé en effet que les liens qui existent entre soi et soi ne peuvent être réglés d’un revers de manche. Pas plus qu’en allumant la télévision ou en consommant. Préciser ces interactions requiert un minutieux et patient travail. Ne serait-ce déjà en abordant la question que j’emprunte au philosophe japonais Washida Kiyokazu : Ce corps est-il moi ou est-il à moi ? 

Un premier constat s’impose : ce travail n’est jamais achevé, il faut le remettre en chantier chaque jour, le tenir en activité comme des braises précieuses. Il s’adresse d’abord et impérativement à soi. Au-delà, toute interaction avec un « autre vivant » requiert la reprise de ce travail de questionnement. Rien ne laisse supposer que les interactions avec d’autres entités vivantes seraient moins complexes.
Cette approche, telle que je la pratique en peinture, révèle la complexité des rapports qui régissent les interactions entre soi et soi. Le visage comme entité peut exprimer la présence au monde autant que l’interaction avec autrui qui commence elle aussi toujours d’abord par soi, puisque toute perception est renvoyée aux expériences passées du sujet, pour y trouver du sens. Les expériences sédimentées au fil du temps lui servent de référence pour mesurer ce qui est perçu, entendu, senti, touché. Ainsi, le portrait pris dans son sens le plus large est l’expression du contact établi avec le monde vivant et non vivant.
Figurer le visage, et à travers lui et face à lui, l’être à soi, et l’être au monde. Le regard lui-même, n’en n’est qu’une partie, et il n’est pas plus essentiel que la voix, l’ouïe, l’odorat ou le mouvement. La direction du regard, le port de la tête, l’arrière-fond de la peinture participent du sentiment général dégagé par l’image peinte. La peinture ou le dessin d’une plante, d’un champignon, d’un arbre peuvent donc également être considérés comme des portraits, voire comme des autoportraits. En effet, s’il est portrait de lui-même, il est aussi autoportrait, c’est-à-dire miroir de moi-même, qui me renvoie à mon enracinement, à questionner mes branches, mon volume, mes sédiments, mes images.

Ce que je cherche à faire à travers le portrait - l’intuition m’en est venue à la lecture de Derrida -, c’est de rassembler les éléments singuliers mis à jour après les avoir fait apparaître. Le lieu de ce rassemblement est la toile peinte. Ce sont les peintures résultant de cette démarche qui feront l'objet de la prochaine exposition à la galerieArtémis à Corcelles au mois d'octobre.

mercredi 1 juillet 2020



Je prépare l'exposition du mois d'octobre à la galerie Artémis (Corcelles, NE). Aujourd’hui, à l’atelier, le vent m’apprend à regarder. Que vois-je?

mercredi 3 juin 2020

Report de l'exposition Bourbaki | Prochaine exposition

L'exposition Bourbaki prévue cet été au Château de Joux est reportée à l'été 2021.
L'exposition prévue à L'Esperluette (Pontarlier, F) est aussi reportée en septembre 2021.

Quelques peintures de mon projet Bourbaki seront néanmoins visibles au Musée de Pontarlier dès le 1er février 2021 dans le cadre de l'exposition historique de la commémoration des 150 ans de la retraite de l'armée Bourbaki. Cette exposition inclura notamment les deux lithographies imprimées récemment chez Raynald Métraux à Lausanne.


Papier: Rives BFK pur chiffon 250 gm2
Format: 65 x 50 cm
Impression: lithographique, noir
Tirage: 25 exemplaires
Rehaut à l'encre par l'artiste





Prochaine exposition |  28.06 - 16.08 2020
100 ans d'estampes et de multiples visités par 16 artistes de Visarte Neuchâtel
Vernissage 28.06.2020 - 11 h et 14 h
J'ai travaillé sur une gravure réalisée par Christiane Dubois en 1990.

jeudi 26 septembre 2019

Expositions futures  |  zukünftige Ausstellungen

Projet Bourbaki
      Le projet Bourbaki que j'ai débuté en 2016 en m'installant dans mon nouvel atelier aux Verrières, à quelques pas de la frontière franco-suisse, fera l'objet d'une exposition au Château de Joux et au musée de Pontarlier (F) l'année prochaine. J'ai d'emblée abordé l'épisode historique de la retraite de l'armée de l'Est et de son internement en Suisse en février 1871 par son aspect humain. Les livres traitant de la guerre de 1870 mettent presque tous l'accent sur les énormes capacités de ces soldats à braver le froid, la faim et la pression des Prussiens. Mal équipés et mal approvisionnés, ils trouvaient néanmoins en eux assez de fierté pour combattre. Marchant dans la neige à des températures bien en-dessous de zéro, poursuivis par les Prussiens, ils n'eurent d'autre choix que de demander l'asile à la Suisse.
      En deux jours en effet, près de 80'000 soldats furent désarmés puis envoyés dans toute la Suisse où ils furent hébergés et soignés. Même s'il est très différent par bien des aspects, cet événement devait logiquement et humainement être mis en parallèle avec la situation des migrants actuels.
      L'exposition montrera des peintures sur toile, des dessins au fusain sur papier et des livres d'artiste. Deux grandes salles voûtées de l'ancien casernement du Château de Joux serviront de cadre à ce projet.

Exposition du samedi 6 juin au dimanche 27 septembre 2020
Château de Joux et Musée de Pontarlier (F) 


     Das Bourbaki-Projekt, das ich 2016 in meinem Atelier in Les Verrières, unweit der französisch-schweizerischen Grenze begonnen habe, wird im nächsten Jahr Gegenstand einer Ausstellung im Château de Joux und im Musée de Pontarlier (F). Die menschlichen Aspekte des Rückzugs der Ostarmee und dessen Internierung in der Schweiz im Februar 1871 beeindrucken mich sehr. Die Bücher über den Krieg von 1870 betonen fast alle die enormen Fähigkeiten dieser Soldaten die Kälte, Hunger und Feinddruck zu trotzen. Schlecht ausgestattet und versorgt, fanden sie in sich selbst genug Stolz, um trotz allem zu kämpfen. Im Schnee bei weit unter Null Grad, von den Preußen verfolgt, hatten sie keine andere Wahl, die Schweiz um Asyl zu bitten.
     In zwei Tagen wurden fast 80'000 Soldaten entwaffnet und in der ganzen Schweiz verteilt, wo sie untergebracht und betreut wurden. Obwohl die Situation in vieler Hinsicht mit der Situation der gegenwärtigen Migranten sehr unterschiedlich ist, müssen diese zwei Ereignisse logisch und menschlich verglichen werden.
     In der Ausstellung werden Gemälde auf Leinwand, Kohlezeichnungen auf Papier und Künstlerbücher gezeigt. Zwei große gewölbte Räume der ehemaligen Kaserne des Château de Joux bilden den Rahmen für dieses Projekt.

Ausstellung vom Samstag, 6. Juni bis am Sonntag, 27. September 2020
Château de Joux und Musée de Pontarlier (F)

jeudi 15 août 2019


Tirage limité  |  Unica 

La 5e édition de Tirage limité 
- le salon romand du livre d'artiste -
se tiendra les 

7 et 8 septembre 2019 au Musée Forel à Morges.

Musée Alexis Forel, Grand-Rue 54, 1110 Morges, Suisse 


Le samedi 7 septembre, je montrerai deux livres récents confectionnés à partir de cartons d'emballage. Les livres d'artiste représentent une part importante de mon travail artistique depuis 1999 et sont, en quelque sorte, mes laboratoires. Ils contiennent des textes et des peintures. Le public est invité à un moment convivial. Il pourra feuilleter les livres et échanger avec l'auteur.

Le programme complet de Tirage-Limité est à télécharger ici.

mercredi 13 mars 2019


En ce moment: exposition  « SOUCHES »
François Schneider et Laurent Guenat

Centre de Culture et de Loisirs | rue du Marché 6
2610 Saint-Imier

https://www.ccl-sti.ch/#event-56

Vernissage  vendredi 05.04.2019  |  19h00
Expo jusqu’au 12.05.2019
me-ve 14 h à 18 h  |  sa-di 14 h à 17 h

Les artistes assureront les gardiennages selon la répartition suivante:

Laurent Guenat: 6, 7, 13, 14, 28 avril, 5 et 12 mai
François Schneider: 19, 20, 21, 27 avril, 4, 11 et 12 mai

Au cours de ces journées, les artistes réaliseront une création commune.


samedi 1 décembre 2018

ARTY SHOW (suite)

arty-show s'est terminé à Bienne aujourd'hui samedi 1er décembre 2018.
Dès le 6 décembre 2018, je serai présent à arty-show La Chaux-de-Fonds chez Dick Optique, Av. Léopold-Robert 64.
Vernissage jeudi 6 décembre 2018 de 17 à 19 heures.
du 6 décembre 2018 au 6 janvier 2019   |   le site arty show


Dans l'attente d'arty-show La Chaux-de-Fonds, les photographies de la vitrine de Bienne.


 

mercredi 24 octobre 2018

ARTY SHOW

Cette manifestation qui vise faire collaborer un commerçant et un artiste - celui-là mettant ses vitrines à disposition, celui-ci y installant des oeuvres - en est à sa troisième édition à La Chaux-de-Fonds et inaugure une première édition à Bienne. Je participerai aux deux manifestations - en novembre à Bienne et en décembre à La Chaux-de-Fonds - avec le même projet:
ça me (re)-garde

J'y présenterai des yeux peints ou plutôt des regards peints à l'huile au cours de l'hiver dernier. Je propose ainsi aux passants-consommateurs leur propre regard les regardant regarder car on ne se voit jamais acheter.


Arty Show Bienne  |  1.11.2018 - 1.12.2018  |  www arty show Biel-Bienne
Je serai l'invité de
Venus Furniture, Rathausgässli 1 Ruelle de l’Hôtel de Ville, 2502 Biel/Bienne
          Vernissage:   jeudi/Donnerstag 1.11. 2018 | 17 - 19 h

Arty Show La Chaux-de-Fonds |  6.12.2018 - 6.01.2019 | arty-show-chx-de-fonds

Je serai l'invité de
Dick Optique, Av. Léopold-Robert 64, CH-2300 La Chaux-de-Fonds
          Vernissage:   jeudi 1er décembre 2018 | dès 17  h




lundi 12 mars 2018

Projet Bourbaki - Les livres d'artiste

La bibliothèque de carton de Laurent Guenat


Le projet Bourbaki occupe Laurent Guenat depuis deux années bien remplies, et ce n’est pas près de s’arrêter. Tout a commencé lors de l’installation de son atelier aux Verrières (NE). Adossée à la frontière française, la petite commune compte une poignée d’habitants et une grande histoire. En 1871 et après la signature de la Convention des Verrières, le village voit défiler ce qui reste de l’Armée de l’Est du Général Bourbaki venant chercher refuge auprès de la population suisse.
Près de cent-cinquante ans plus tard, Laurent Guenat revisite l’histoire franco-suisse de cette région. Les lectures aident, le paysage est clé. Pour s’imprégner du sujet, quoi de mieux que de marcher dans les pas de ces soldats, sous-équipés, sous-ravitaillés, obligés de passer l’hiver dans des conditions précaires et de ne dépendre que de la bonté des autres ? Pour Anselm Kiefer, l’Histoire […] est un matériau comme le paysage ou la couleur et ce n’est pas Laurent Guenat qui le contredira.
 
C’est ainsi que le projet Bourbaki prend forme.

Articulé en deux parties interdépendantes, le travail de Laurent Guenat sur l’épisode Bourbaki débute par des considérations historiques mises sur papier et continue avec une réflexion sur la situation de réfugiés d’alors et d’aujourd’hui.

Laurent Guenat peint. Il peint en relief parfois car il aime la matière (voir «Laurent Guenat au pays des Bourbakis» de Géraldine Veyrat). De son propre aveu, il respecte trop la toile. Pour laisser sa main réfléchir, ou pas, il a besoin d’un autre support. Entrent alors en jeu les livres d’artistes qu’il fabrique depuis les années 90. Là, il se sent libre. Ces livres sont, pour la plupart, en carton. L’artiste découpe cette matière d’emballage qu’il a sous la main et la lie avec des chutes de toile. Tout suppose le jetable dans ces créations. Cela donne des objets épais mais légers et volumineux. Il y a quelque chose de déstabilisant dans la prise en main d’un livre pareil : nous connaissons les codes pour le manier mais la sensation est tout autre, comme manipuler un livre pour enfant XXL. Cette impression se dissipe vite alors que les pages sont tournées avec avidité et que l’on suit la pensée de l’artiste. Mais peut-être n’est ce qu’une illusion et que c’est la nôtre qui se déroule en réalité devant nous.

Chacun des livres d’artiste de Laurent Guenat, dix-neuf à ce jour pour le projet Bourbaki, est une période créatrice contenue sur du carton. Loin d’être linéaires, ils se veulent constitués d’instants. Pour les peupler, l’artiste part facilement d’une image ou d’une pensée. Et s’il affirme que ses livres sont ses laboratoires, ce sont aussi des parties intégrantes de son projet Bourbaki, interagissant constamment avec les toiles et inversement.


« Empreinte », trace naturelle laissée par un contact, par la pression d’un corps sur une surface. Elle suppose aussi le vide et le passage. On la reconnaît dans Bivouac (2016).




La neige, le froid, les vaines tentatives de se réchauffer, toutes ces sensations sont palpables dans ce livre qui voit défiler des restes de feux de camps, alors que les soldats qui les ont montés, probablement à la hâte, ont dû les abandonner de la même manière. Ce livre est la porte d’entrée idéale pour aborder la présence de la matière végétale dans le travail de Laurent Guenat. Puiser dans la nature lui permet de trouver l’expression et la fidélité à l’expérience vécue par ces hommes nécessaires à son propos. Des brindilles recueillies, du bois, des végétaux séchés, calcinés en tout genre; Bivouac est froid et chaud à la fois. Et cette phrase : un bivouac c’est deux sapins un pour dormir un pour chauffer, clôt la démonstration.

De la matérialité toujours avec Fantômes (2017) dont les visages morcelés ne sont rendus que plus expressifs par le poème qui leur est associé : « Parmi les disparus il y avait ces visages engloutis par la neige […] ». On entre dans la vraie tragédie de l’épisode Bourbaki, la mort. Pour arriver à ce résultat plastique, l’artiste utilise un mélange de plâtre et d’acrylique par la suite peint à l’huile qui, une fois sec, peut être déchiré en lambeaux, rendant ces visages partiels et lacérés. Ceux-ci sont peut-être une tentative pour Laurent Guenat de sortir du paradigme de représentation des « trois trous », à savoir deux yeux et une bouche, qui nous aide à représenter un visage. Mais c’est aussi la multitude de ces formes qui aide quiconque tournant les pages de cet opus à se figurer que la prochaine découverte sera à nouveau un visage disloqué, brisé.


La même recherche se retrouve dans 1871, 65 x 51 cm, 20 pages, techniques mixtes sur carton, 2017.


La multitude, justement.
L’un des livres les plus ambitieux de l’artiste, 87000 contient symboliquement, par une centaine de pages, chacune des têtes des soldats qui formait l’immensité de l’armée de 87000 hommes du Général Bourbaki. Comme pour rappeler que derrière les chiffres presque trop grands pour l’entendement, il y a une singularité propre à chaque être. Laurent Guenat se lance un nouveau défi au milieu de sa réalisation : dessiner de la main non-dominante, la gauche en l’occurrence. Seul moyen pour lui d’éviter un dessin trop poussif et volontaire qui ne correspondrait en rien à son sentiment. D’après les mots de l’artiste, ce fut une révélation :
« La réputée main maladroite se montra bien plus adroite que l’autre à saisir les émotions et les images psychiques que je me faisais de ces soldats. Ainsi, chaque jour, je réalisai quatre ou six têtes, selon qu’il y avait du soleil et que l’encre de Chine séchait plus vite ».

87000, 21 x 21 cm, 192 pages, encre de Chine sur papier, 2017

On l’a vu, Laurent Guenat ne rechigne pas à utiliser des chutes de tissus et d’autre éléments délaissés pour y matérialiser ses pensées. Mais pas que. L’album de famille richement paré de cuir y passe aussi et se voit recouvert d’une épaisse couche de plâtre ! Voici Scènes. À l’intérieur, on trouve des dessins inspirés de lectures et de gravures d’époque comme celles de Rodolphe Auguste Bachelin. Ces modèles sont assimilés et la fertile imagination de l’artiste fait le reste. Le résultat ? Des personnages, souvent seuls, parfois accompagnés, quelques paysages. Un moment convivial se laisse surprendre par-ci par-là au milieu de ces instants chapardés au quotidien des soldats.










Scènes, 31 x 26, 58 pages, encre de Chine et brou de noix sur papier, 2017

On y retrouve d’ailleurs le fauteuil vide qui deviendra la peinture CHAISE, 123 x 173 cm, 2017.


L’actualité
La question du parallèle entre les soldats de l’armée de l’Est et les réfugiés – à la situation plus permanente – s’est posée dès le début pour Laurent Guenat mais il ne l’aborde dans son travail que dès 2017 avec El dorado. Ce livre nous plonge dans les lieux de transit qui font le quotidien des gens en fuite. Mais l'El dorado, avec ses promesses lumineuses et ses vitrines étincelantes, reste vide. Et si l’artiste nous introduit dans ces espaces dans l’espoir que nous y trouvions un refuge et de la bienveillance, au fur et à mesure que les pages se tournent, c’est plutôt la peur de se faire découvrir et renvoyer qui préside pour le lecteur.


Dans No Home, ces mêmes espaces se font plus menaçant, s’emplissent de barrières et de signes en interdisant le passage, la notion de contrôle y est très présente. Nous connaissons pourtant ces tourniquets typiques des aéroports, mais sans passeport, c’est la porte fermée. On remarque la présence de l’anglais, la langue utilisée lorsque l’on veut augmenter ses chances de se faire comprendre rapidement. Le désespoir monte alors que les grandes majuscules indiquant tout d’abord « NO WAY se transforment en « NO WAY BACK ».


Pour clore la deuxième partie de ce projet Bourbaki sur la situation mondiale actuelle, Laurent Guenat a réalisé récemment Honte, Schante, Shame où le plurilinguisme du titre rappelle que c’est un sentiment que nous partageons tous à la vue de cette situation stagnante.



Le propos des livres de Laurent Guenat est si frappant et nous entrons si facilement dans leur univers qu’on en oublierait la technique qui leur a fait voir le jour. Si, parfois, le dessin se veut très descriptif, la force de Laurent Guenat réside ailleurs, dans la force d’évocation de son trait, dicté par un ressenti intellectualisé.

Jessica Mondego

Pour trouver plus d'informations relatives à l'épisode historique des "Bourbakis": Association Bourbaki Les Verrières

dimanche 26 novembre 2017

OOO Object Oriented Ontology


C’est le titre de l’exposition qui se tient actuellement et jusqu’au 21 janvier 2018 à la Kunsthalle Basel. Le commissaire de l’exposition, l’artiste et architecte Andreas Angelidakis, a sélectionné les œuvres sur la base des sites internet et de dossiers d’artistes issus de la région trinationale autour de Bâle. Deux de mes peintures y sont exposées.

Le visiteur y découvre un hétéroclite déconcertant. Les œuvres y sont accrochées de manière conventionnelle sur les cimaises, mais aussi en hauteur et en largeur proches les unes des autres sur des échafaudages constitués de poutrelles de bois. J’ai circulé dans les salles, un peu perturbé par ces enclos qui, à mes yeux, soulignent certes l’intention du commissaire, mais ont fait, pour moi, barrage à la lecture des œuvres. Au-delà du choix des œuvres qui est personnelle au commissaire – mais qui m’ont dans l’ensemble paru de qualité moyenne –, il m’est apparu une question intéressante soulevée par cet accrochage hors du commun.


Nous sommes habitués à une réception des œuvres en général facilitée par des cimaises claires ou sombres mais unies, par un alignement choisi et rigoureux. Notre œil, ainsi, peut rester concentré sur ce qui se donne à voir. Ici, avec cet arrière-plan direct que sont les poutrelles de bois qui laissent donc des vides à travers lesquels on voit l’arrière-plan constitué lui aussi de poutrelles, de leurs ombres projetées ou d’autres œuvres, l’œil peine à cerner individuellement une peinture, étant constamment happé par le décor qui l’entoure. Mon regard glissait ainsi d’une œuvre vers l’arrière-plan, de celui-ci aux ombres projetées au plafond, puis au sol où étaient posés des tubes néon et des projecteurs, puis à nouveau vers un œuvre à l’arrière-plan entraperçue entre deux poutrelles de bois. Une circulation que rien dans sa frénésie de stimuli ne parvenait à arrêter.

Le commissaire lui-même aura été dans l’embarras, devant tant de vide, pour accrocher les œuvres. Aussi n’a-t-il pas eu d’autre alternative que de rapprocher les œuvres afin d’effacer le plus possible les trous, au point de les serrer si étroitement – un peu à la mode d’un stand de foire, étiquettes comprises – qu’elles finissent par s’annuler les unes les autres. 


Serait-ce à dire, alors, que la qualité des peintures présentées ne résiste pas au décorum de l’accrochage ? Autrement dit, la qualité d’une peinture serait-elle si fragile qu’elle soit tributaire de son environnement immédiat ? Autrement dit encore, la nature de l’environnement architectural serait-il à ce point déterminant qu’il soit capable de neutraliser la qualité intrinsèque d’une peinture ? Je me suis demandé comment la Madone Sixtine, la Joconde ou une Annonciation de Fra Angelico aurait été transformée par ce genre d’accrochage. Bien sûr notre œil aussi, avec l’éducation à regarder qu’il a reçue, y est pour quelque chose.

Cependant, et c’est ma conclusion provisoire sans toutefois répondre à la question posée ci-dessus qui demanderait un plus long développement, ce que cette exposition montre à voir à la Kunsthalle de Bâle est un concept d’exposition plutôt que des œuvres, qui de ce fait sont au service du concept plutôt que d’elles-mêmes. Les explications du texte d’exposition ne nous mène guère plus loin, puisqu’il prend les visiteurs par la main et leur explique les sentiments et les émotions qui peuvent les saisir en parcourant l’accrochage selon le seul point de vue du commissaire. Le ton du texte d’exposition qui se veut badin, genre visite de musée en course d’école, illustre une forme d’infantilisation des visiteurs découlant du fait qu’on ne leur accorde aucune confiance en leur propre capacité à saisir un nouvel environnement. Il renvoie de facto à la faiblesse du concept mis en œuvre, que la référence à la philosophie de l’ontologie orientée à l’objet de Quentin Meillassoux ne parvient pas à masquer.
LG

samedi 21 octobre 2017

Projet Bourbaki - les peintures


Laurent Guenat au pays des Bourbakis

Lorsque Laurent Guenat m’a proposé d’écrire ce texte, je pensais déjà bien connaître le projet Bourbaki – découvert partiellement au travers de photographies numériques que m’envoyait régulièrement l’artiste. J’avais déjà pu appréhender, au travers de ces envois, son approche du sujet : le gonflement d’une pâte rouge qui donne forme à des têtes de soldats, leurs peaux ou peut être leur sang.
Mais j’ai pris la vraie mesure de cet ensemble Bourbaki, son ampleur, son ancrage sur les lieux et sa visée si personnelle, lors de ma visite à l’atelier un soir de fin d’été, et que l’artiste m’a proposé un lainage pour « résister » au froid déjà pénétrant dans cet ancien site industriel sans chauffage. A mon arrivée dans le village, le panneau annonçant le parcours thématique de l’Association Bourbaki Les Verrières m’avait auparavant rappelé l’importance de cette thématique pour la région.
A l’instar de son illustre prédécesseur Edouard Castres (1838-1902), auteur des peintures du panorama de Lucerne réalisé en 1881 représentant la reddition de l'armée du général Bourbaki après la victoire des Prussiens, Laurent Guenat n’est pas resté insensible aux souffrances de la guerre franco-allemande de 1871. Vivant sur les lieux même de l’événement historique, l’artiste a en effet senti un impératif besoin de dire dans sa peinture les atrocités qu’ont subies les soldats de l’armée de l’Est blessés et affamés qui ont passé la frontière suisse et déposé les armes aux Verrières, le 1er février 1871. Loin du compte-rendu historique, il aborde deux thèmes principaux : les émotions qui habitent ces militaires en déroute, et leurs ressentis face aux lieux d’accueil. Même si ces œuvres ont supposé de la part de l’artiste des recherches préalables sur cet épisode historique (lecture de la littérature, études de gravures, etc), elles sont surtout combinées à une connaissance intime du terrain. Car, en revisitant l’épisode bourbakien, c’est aussi son lieu de vie et son for intérieur que Laurent Guenat interroge. Initié en mars 2016, ce corpus comprenant, à ce jour plus de 40 peintures de formats variés, se veut également un écho à la réalité des réfugiés de notre temps. En réaction à cette problématique contemporaine, l’artiste jette un regard distancié et critique sur les notions de frontière et de nation.
En contrepoint, et pour explorer ses différents sujets, l’artiste a réalisé un ensemble de livres en carton, avec dessins et/ou collages, qui déclenchent toute une gamme de résonances et sont indissociables de ses peintures.

Paysages
En visitant l’atelier, on ne peut qu’être frappé par la grandeur de certaines toiles de ce projet. Les paysages ont permis au peintre d’entrer dans le vif de l’histoire des Bourbakis, et il a, du même coup, ressenti le besoin d’explorer de très grands formats. Cette expansion dans l’espace traduit sa volonté d’aboutir à un type de représentation lui permettant de se confronter lui-même le plus possible à une expérience « grandeur nature ». Cela est particulièrement perceptible dans ses paysages qui évoquent le quotidien des soldats, sous équipés, dans le Jura enneigé et glacial et la survie de ces hommes dans des conditions extrêmes.
Creux Petou, acrylique, huile, plâtre, cendres sur toile
L’impressionnante toile de 253 cm de haut sur 384 cm de large intitulée Creux petou  se rattache, plus clairement que les autres de la série, à une forme de peinture d’Histoire. Sorte de nouveau panorama Bourbaki, elle rend hommage aux chevaux (et du même coup aux hommes affamés ne pouvant plus les nourrir) qui, selon la tradition orale, sont morts abattus ou malades et jetés dans ce trou de 40 mètres de profondeur et 80 mètres de diamètre. Il en résulte une toile comportant une forme impressionnante qui attire le regard : symbole du cercueil ou de la fosse commune.
De la même manière, le collage, directement sur la toile, de branchages séchés dans Abri2 ou Ouest charge ces peintures d’une sorte de vitalité morbide. Ouest a également une valeur « documentaire » : c’est par là que les hommes passent, et les traces de sabots des chevaux et des chariots de ravitaillement indiquent le sens de la marche.
OUEST, acrylique, huile, plâtre, végétaux sur toile, 213 x 356 cm
Certaines œuvres sont apparentées à des paysages plus abstraits se rapprochant techniquement de la série des « têtes », et traduisent la volonté du peintre de dire les souffrances inscrites au cœur même de la terre. Ainsi, dans ses magnifiques Sous-sols II et III, les résistances du papier superposé et amalgamé au plâtre, avec les résultats imprévus de la matière sur la toile, illustrent cette lutte avec les éléments. Nature investie par le temps, par la force destructrice des événements : les chemins sont souvent défoncés et couverts de glace ou de gerçures.  Dans Sous-sol I, on peut même voir un gisant désignant clairement la mort ou plus généralement l’idée du rapport fondamental entre le corps et la terre.

Corps
généraux désarmés, 120 x 150 cm
Après les paysages, Laurent Guenat s’est peu à peu « approché » du sujet des hommes, en l’occurrence des corps, avant de se consacrer à sa grande série des « têtes ». La réflexion sur ce qui aliène l’homme est toujours au centre du travail de l’artiste. Les bustes et personnages « hybrides », motif récurrent dans son œuvre, en sont ici une nouvelle et puissante illustration. Masses de corps comprimés, chairs morcelées suggèrent une humanité blessée. Comme souvent, une forme de sensualité « à fleur de matériau » y est aussi présente. En 2015, Laurent Guenat commentant son oeuvre lors de son exposition personnelle à la galerie Selz, disait : «Les papiers de soie sont des peaux intermédiaires [...] que l'Homme dresse face à des attitudes apprises, imposées [...]». Ainsi ces généraux désarmés de cette série Bourbaki, qui se retrouvent pris au piège de leur propre corps de plâtre, ou ce soldat (Buste) se débattant dans sa chrysalide militaire.


Têtes
Après le travail sur ces questions d’emprisonnement corporel, a émergé la série des têtes. Le livre d’artistes intitulé mobiles, zouaves, turcos, chasseurs… comportant de nombreux dessins des engagés est à la base de cette série.
Francs-tireurs, acrylique, plâtre, huile sur papier marouflé sur toile, 30 x 150 cm
7 des Garibaldiens d'Alger, acrylique, plâtre, cendres sur toile, 30 x 150 cm
Celle-ci évoque les têtes des soldats d’origines et de religions diverses (zouaves d’Afrique, musulmans, Italiens, Marseillais, chasseurs de Savoie, etc. – ils étaient 87 mille) qui ont cherché refuge en Suisse. Certaines sont isolées, comme la Tête 7, ou le Colonel, qui met en évidence le pouvoir et une grandeur quelque peu macabre. Mais elles apparaissent le plus souvent par groupes, comme des « sections » (7 des Garibaldiens d’Alger ; éclaireurs de Caprera ; francs-tireurs). Figurés de face, ces visages sont méconnaissables et rarement discernables, et on a l’impression de voir des masques tantôt grotesques par leur simplicité, tantôt hideux et effrayants car balafrés, malades et affamés. Les jeux de matières obtenus par les empâtements de couches successives d’enduits, de peinture, de cendre et de colle – selon une technique propre à l’artiste – lui permettent d’exprimer la douleur de la chair même des soldats.
Tête 7, 150 x 100 cm

Car « c’est de l’intérieur » et « sans compassion et sans pathos » que l’artiste fait passer l’émotion originelle. Parfois du rouge sang mais surtout des couleurs allusives, ternes et grises, que l’on associe immédiatement à la guerre et à la mort. La force de ces figures mutilées, expression de douleur, n’est pas sans évoquer les Otages de Jean Fautrier.


...des coups sur la porte, 218 x 135 cm
En pleine nuit, des coups sur la porte, on assiste, par contre, à une caractérisation nouvelle des visages - avec yeux, bouches et nez lisibles -, traduisant peut-être mieux l’irruption de ces arrivants, chez l’habitant au cœur de la nuit. En vérité, c’est comme si ces visages évoluaient et endossaient une identité propre au moment où ils sont accueillis dans les foyers helvétiques – la forme abstraite, « anonyme », étant rendue caduque par la reconnaissance de leur personne. Cette nouvelle nécessité du trait est également liée à deux nouveaux livres que l’artiste réalise parallèlement à cette série : 87'000 et histoires comportant des dessins à l’encre de chine réalisés de la main gauche.
A travers cet ensemble de portraits, Laurent Guenat propose aussi une réflexion sur la notion d’identité et exprime son malaise face à la violence et à la problématique du racisme contemporain.


Lieux d'accueil
En travaillant plus spécifiquement sur la question de l’accueil des Bourbakis, l’artiste souhaite attirer davantage l’attention sur ce qui lui tient à cœur : l’accueil des réfugiés actuels ou leur exclusion. Il m’a alors m’a confié qu’il ne pouvait le faire ni en travaillant à partir des images d’époque, ni en explorant les habitats ruraux actuels. Il lui fallait donc transposer des images qui représentent les conditions d’accueil contemporaines. Cette partie, encore en pleine gestation, lui a posé encore plus de questions relativement aux cadrages, à l’exposition et aux choix des objets à représenter, mais aussi à la nature du support (toile, métal, collages, etc). Il en résulte un vaste programme iconographique évoquant des éléments d’intérieurs d’époque, de bivouacs ou de casernes, le tout faisant échos aux lieux d’accueil des réfugiés d’aujourd’hui.
Chaise : Cette œuvre est singulière par la représentation de la chaise qui y est figurée en son centre, isolée, concentrant à la fois l’idée de la solitude et la misère de la situation. Cette œuvre se distingue de la série par une dimension plus clairement narrative. On retrouve cette dimension dans bivouacs II et III où les adjonctions de porcelaine cassée et de cendres prises dans la matière picturale (figurant des restes de foyer) transportent le spectateur dans un univers habité d’histoires, de souvenirs, d’interprétations.
bivouac3, acrylique, huile, plâtre, cendres, porcelaine sur toile, 130 x 180 cm
Dans ces œuvres, Laurent Guenat réinterprète ses têtes (ici marouflées sur toile) comme des fantômes des soldats ayant séjourné dans ces campements de fortune. Le livre Bivouac, qu’il a réalisé, une fois de plus parallèlement à ses peintures, forme d’ailleurs comme une sorte de journal « atmosphérique » du terrain (avec des collages de cendre et de végétaux). Ce « voyage » que nous propose Laurent Guenat, entre abstraction et figuration, laisse au spectateur la liberté de se représenter l’histoire des Bourbakis. Le recours à l’utilisation de matériaux vivants (collage de tiges de gentianes que l’artiste a lui-même ramassées sur le chemin de l’atelier, jouant sur la fragilité et la transformation), sa discipline personnelle (repasser par les mêmes lieux bourbakiens enneigés, travailler à l’atelier en plein hiver par 5 degrés) ont permis à l’artiste de « régler » son propre rapport à l’Histoire en interrogeant ses propres limites. 
Un ensemble d’expériences artistiques qui a contribué à la justesse de l’expression de ce vaste projet. Loin d’être terminé, ce programme donnera encore lieu à de nouvelles explorations, notamment des installations et des vidéos qui sont en cours de réalisation.

Géraldine Veyrat, historienne de l’art, Genève 

Pour trouver plus d'informations relatives à l'épisode historique des "Bourbakis": Association Bourbaki Les Verrières