vendredi 16 juillet 2021

Sentinelles

Elles veillent sur le sommeil des troupes.

Elles évitent d’être pris par surprise.

Elles donnent l’alarme.

Elles passent de longues heures immobiles, à l’écoute, sur le qui-vive.

Tous les sens en alerte.

En bon capitaine à la tête de mes cinquante-trois individus, j’ai placé des sentinelles.

Entre les deux campements.

Elles sont au froid. A l’humidité qui transperce la vareuse.

Les habits sont moites.

La respiration difficile.

Les frissons naissent dans le dos. Foudroient les talons et hérissent le crâne.

Personne ne le sait. Il reste deux mois de combats.

En bon capitaine, pour sauver la troupe, je sacrifie les sentinelles.

Elles trouverons le temps long, mais n’en sauront rien.

 

Le réfugié est sur le qui-vive.

Il est sur le qui-vive chaque seconde depuis qu’il a quitté son toit.

Il fait le guet autour de lui.

Il fait le guet pour lui-même. Pas de faux geste.

Ne pas attirer l’attention.

Il est devenu sentinelle. Malgré lui.

La sentinelle qu’il est devenu a gommé le reste.

Il n’est plus que sentinelle.

En quête d’un abri sûr, étanche, sans vent.

Il n’est plus que capteur. Pour préserver ce qu’il était.

Ce qu’il était est ce à quoi il tient le plus.

Maintenant il est sentinelle. Tout ce qu’il était n’existe plus.

Quand il aura trouvé un abri sûr. Quand il pourra relâcher l’attention.

Il attendra que les souvenirs remontent à la surface.

 

Nous ne sommes pas nés pour être des sentinelles.

 

Sentinelles
A voir en ce moment au château de Joux entre les deux salles d'exposition (Sentinelles, 100 x 50 cm, acrylique et huile sur toile, 2019)